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  • Missions Artemis, vers la Lune et au-delà ?

    Missions Artemis, vers la Lune et au-delà ?

    Le dernier homme à avoir posé ses bottes sur notre satellite naturel l’a fait en décembre 1972 avec la mission Apollo 17. Depuis, nous avons exploré l’espace et nous y avons (beaucoup) séjourné. Avec les missions Artemis, l’objectif est de retourner sur la Lune, mais aussi de pouvoir s’y installer plus durablement.

    Dans les années septante, trois missions supplémentaires étaient prévues à destination de la Lune, mais elles ont été annulées par le Congrès américain pour cause de budget trop élevé. Et puis il faut dire qu’à l’époque, le but était de battre les Russes dans une course à la Lune dans le cadre de la Guerre froide, ce qui était chose faite. Les deux nations se sont ensuite concentrées sur l’orbite basse avec des missions principalement scientifiques.

    Retour sur la Lune

    Alors pourquoi y retourner aujourd’hui ? Selon Pierre-Emmanuel Paulis, instructeur à l’Euro Space Center, chroniqueur spatial et président de la Mars Society, après 20 ans à tourner autour de la Terre avec la station spatiale internationale (ISS), il était temps d’aller voir un peu plus loin. « Les Chinois ont décidé de poser un taïkonaute sur la Lune d’ici la fin de la décennie. On ne peut pas imaginer à un seul instant que les Américains laissent la place aux Chinois. »

    Tous les éléments étaient donc réunis : l’envie, l’arrivée d’entreprises privées (SpaceX et Blue Origin) et la coopération de l’ISS ainsi que de cinq partenaires : Japon, Canada, Europe, États-Unis et Russie.

    Un effort de groupe, une participation belge

    « Quand la NASA a décidé de lancer le programme SLS, une énorme fusée qui va permettre ce retour sur la Lune, ils se sont basés sur des éléments qui existaient déjà, à savoir la navette spatiale américaine. Il fallait concevoir une capsule qui allait se retrouver au-dessus de tout cet ensemble-là. » C’est là que l’Europe et l’ESA entrent en scène.

    En effet, l’Europe avait déjà mis au point un mode de propulsion pour des cargos de ravitaillement appelé ATV et qui étaient lancés par la fusée Ariane V vers l’ISS. L’ESA a donc été sollicitée par la NASA pour fabriquer le module de service pour propulser la capsule Orion vers la Lune. Et il y a un peu de belge dans ce module puisque la partie qui sépare la capsule Orion du module de service, «une espèce de gros bouclier métallique », est de fabrication montoise.

    La participation européenne n’est pas gratuite : « en échange, il y aura un astronaute européen prochainement sur une mission Artemis. Un Allemand serait sur Artemis III. »

    « Il y a encore beaucoup de travail »

    S’il y a eu 17 missions Apollo, il est pour le moment impossible de dire combien de missions Artemis auront lieu. Tout dépendra de l’intérêt américain, mais avant d’arriver à Artemis III il y a encore beaucoup de travail. Il faudra notamment placer des modules en orbite autour de la Lune sur lesquels pourront s’amarrer les futurs atterrisseurs.

    Et c’est là une course entre SpaceX (société d’Elon Musk) et Blue Origin (société de Jeff Bezos), pour terminer en premier son atterisseurs. « Ces deux engins-là, le Starship et le Blue Moon, devront s’amarrer à la future Lunar Gateway, » explique Pierre-Emmanuel Paulis.

    Et puis, détail mais qui a son importance, il faut réussir la mission Artemis II qui consiste à aller faire le tour de la Lune avec un vol habité. Or, à l’heure d’écrire ces lignes, le vol test de la mission a déjà été reporté à deux reprises.

    Problèmes techniques

    Malgré les décennies d’expérience, l’une des raisons qui ont repoussé le lancement est une fuite d’hydrogène (la première étant la météo). Mais cela n’est visiblement rien d’inquiétant, puisque comme l’explique Pierre-Emmanuel Paulis, « c’est quelque chose de classique. L’hydrogène est un carburant qui est complexe à maîtriser car les molécules sont extrêmement fines. »

    Complexe à maîtriser, mais indispensable pour les fusées, car il produit une poussée plus longue à la sortie des réacteurs et pollue moins que les moteurs à poudre, dont la poussée est brève.

    Direction le pôle Sud

    Quand Artemis II aura pu faire le tour de la Lune, Artemis III pourra s’y poser, mais pas n’importe où : au pôle Sud. Ce lieu n’a pas été choisi par hasard. Il y a en effet « des cratères dans lesquels la lumière du Soleil n’est encore jamais arrivée et dans lesquels se trouvent des réserves de glace, » explique Pierre-Emmanuel Paulis.

    Qui dit glace dit eau. Et cette eau pourra servir pour établir une base plus ou moins permanente pour les astronautes, mais aussi pour produire les carburants nécessaires une fois sur place. Autre utilisation possible de l’eau : l’exploitation minière de la Lune.

    Et après ?

    Contrairement aux missions Apollo où l’on savait à l’avance la date de départ de plusieurs missions, il n’y a aucune certitude pour Artemis. C’est le Congrès américain qui décidera du départ ou non d’Artemis III et d’une date de lancement après le succès d’Artemis II. C’est aussi le Congrès qui pourra décider si par après il y aura lieu de mettre en place les missions suivantes ou si elles resteront dans les cartons.

    La place de la géopolitique

    Au vu de la situation géopolitique, on peut légitimement s’interroger sur les conséquences sur le programme spatial, et une fois que nous serons sur la Lune. Comme l’explique Pierre-Emmanuel Paulis, « la Lune est un endroit stratégique, avec les minéraux rares qui pourront servir sur Terre et qui feront partie d’une stratégie géopolitique ». Le chroniqueur spatial est cependant sceptique en ce qui concerne l’exploitation du sol spatial dans l’immédiat, « On est loin de ramener des minéraux sur Terre depuis la Lune. Cela coûterait trop cher et les vaisseaux ne sont pas au point pour cela. »

    Cependant, la géopolitique actuelle et les tensions entre les États-Unis et ses partenaires ne semblent pas se refléter dans l’avancement du programme, la NASA ayant besoin des pièces apportées par ses partenaires. « Il y a des accords qui sont signés qu’on ne peut pas déchirer. L’ESA a son rôle à jouer également dans l’ISS jusqu’à la fin. »

    Ça, c’est pour le moment, car l’objectif affiché des Américains est d’aller sur Mars depuis la Lune. Le projet est tellement important qu’il ne pourra être qu’une collaboration internationale. Et pour ce projet, rien n’est encore fixé. La situation actuelle sur Terre avec la Russie pourrait mettre des bâtons dans les roues de Trump.

    Un objectif fédérateur

    L’aventure lunaire et, un jour, celle de Mars ont un certain aspect fédérateur. « Au lieu de se disputer avec son voisin, avec le peuple, unissons-nous dans une aventure, dans un défi phénoménal que pourraient être l’aventure lunaire et l’aventure martienne, » commente Pierre-Emmanuel Paulis, également président de la Mars Society.

    Pour lui, il y aurait moins de problèmes si l’on travaillait main dans la main et cela permettrait des débouchés importants pour l’éducation et pour l’avancée des sciences.

    Une recherche utile tous les jours

    Si l’espace peut faire rêver, on peut aussi se demander à quoi cela sert de s’y rendre aussi régulièrement et d’y dépenser tant d’argent. C’est pourquoi il peut être utile de rappeler les dérivées technologiques qui ont vu le jour depuis que nous avons posé le pied sur la Lune pour la première fois. Parmi les plus utilisées : Internet, le GPS, le Velcro ou encore les couches-culottes telles qu’on les connaît aujourd’hui. La vie en orbite nous a aussi poussés à mettre au point le recyclage de l’eau ou à améliorer la miniaturisation. Et ce ne sont là que quelques exemples, puisque tous les aspects de notre vie sont impactés par la recherche spatiale.

    Pierre-Emmanuel Paulis est instructeur à l’Euro Space Center, chroniqueur spatial et président de la Mars Society.